Nos utopies communautaires
Après Mai 1968, ils ont expérimenté les communautés, les squats ou encore l’amour libre, avec l’espoir de vrais changements. Aujourd’hui à l’âge de la retraite, ils vivent dans de nouveaux lieux de vie et promeuvent des façons de mieux vivre et de vieillir ensemble, entre éco-quartier, coopérative et voisinage participatif, où il est question de biens communs et de partage. Et s’ils avaient vu juste, ces anciens contestataires aux utopies assourdies par l’individualisme triomphant ?
Générique
- Réalisation
- Pierre-Yves Borgeaud
- Scénario
- Pierre-Yves Borgeaud
- Production
- Heinz Dill
- Photographie
- Patrick Tresch, Pierre-Yves Borgeaud
- Montage
- Pierre-Yves Borgeaud, Prune Jaillet
- Musique
- Sacha Ruffieux
- Origine, année
- CH 2022
- Durée
- 98 minutes
- Distribution
- Louise va au cinéma
- Âge recommandé
- 16
Citation
Quelque part il existe une autre façon de partager.
Bugge Wesseltoft, cité en exergue du filmFilmography
- 2003
- iXième
- 2004
- Family Music
- 2007
- Retour à Gorée
- 2013
- Viramundo – Un voyage musical avec Gilberto Gil
- 2021
- Le sexe c'est dégoûtant
- 2022
- Nos utopies communautaires
Commentaires
On ne retiendra probablement pas la finesse des images ou leur beauté, mais bien plus un message global qui, tout en conservant sa nuance, fonctionne comme une belle ode au vivre ensemble. Un montage invisible, des images attendues : de manière assez classique, les paramètres filmiques sont asservis au propos. Si on ne ressort pas de la séance des étoiles plein les yeux face aux images, il nous reste en tête une sorte de mode d’emploi du collectif valable que l’on soit communautaire avéré·e ou débutant·e. De ces spécialistes de la collectivité, on retiendra ainsi des concepts clé tels que la tolérance ou la persévérance. Des concepts qui, s’ils sont cités brièvement dans une critique cinématographique semblent sans doute anodins, mais qui quand ils sont animés par des expériences personnelles et des souvenirs, prennent toute leur profondeur. Vivre en groupe, c’est ainsi subir les aléas du leadership, mais aussi choisir de le tolérer ou non. Accepter que certaines de nos libertés sont dévouées, au profit de la rayonnance du groupe. Se nourrir des autres mais les nourrir en retour, se découvrir tout en découvrant l’autre. À l’image de ce que j’en retiens, les différentes formes d’idées que relaie le documentaire parviennent par leur variété à parler à tout un chacun, et à montrer avec nuance la beauté du partage quand il va jusqu’au domicile.
Charlyne GenoudLe Courrier, 22.09.2022
Commentaires
Le film documentaire Nos utopies communautaires suit trois personnages, aux différents parcours et aspirations : le pasteur Pierre-André Pouly qui désire, avec son épouse, vivre en collectivité une fois à la retraite ; Maya Schwan-Irniger, qui souhaite retrouver la vie communautaire qu’elle a déjà vécue et qui revendique l’amour libre ; et Hans Widmer, créateur de plusieurs coopératives à Zurich, dont le prototype Kraftwerk 1.
Pierre-Yves Borgeaud explique avoir expressément choisi des personnes d’un certain âge pour leur expérience de vie, mais aussi pour la possibilité de travailler avec des archives : « Je voulais montrer cinquante ans de vie menés par cette idée de mieux partager, notamment via le logement. Mes personnages ont tous cinquante ans d’expérience de vie communautaire. […] L’idée est de tracer une continuité, parce qu’il n’y a pas eu de retour à mon avis. Certaines choses sont restées. »
Interrogé sur la difficulté de vivre ensemble, le réalisateur reconnaît la survenue de tensions, l’explosion de certaines communautés de petite taille et tempère : « Je n’ai pas voulu l’éviter ni faire un documentaire bisounours qui dit que c'est forcément génial de vivre en communauté. […] Il y a des gens qui sont angoissés à l’idée qu’on leur pique leur brosse à dents et de partager la machine à laver. »
L’utopie de Pierre-Yves Borgeaud pourrait, en somme, s’inscrire dans les deux paradigmes suivants, selon ses propres mots : mieux partager nos richesses. Et réinventer le voisinage.
Pierre Philippe CadertVertigo (RTS), 06.10.2022