Bilder im Kopf
Père et fille se retrouvent face à face dans une pièce blanche. Dans ce huis clos dépouillé se déploient peu à peu un diagnostic grave et des décennies de silence. Ce qui commence comme une interrogation sur le passé se transforme en un dialogue sincère au présent. Le film questionne les frontières entre santé et maladie, juste et faux, étranger et familier, et tente de faire d’une utopie une réalité.
Générique
- Réalisation
- Eleonora Camizzi
- Scénario
- Eleonora Camizzi, Jules Claude Gisler
- Production
- Eleonora Camizzi, Kezia Zurbrügg, Patrik Näpflin
- Photographie
- Kezia Zurbrügg, Savino Caruso
- Montage
- Eleonora Camizzi
- Musique
- Xenia Wiener, Rosanna Zünd
- Origine, année
- CH 2024
- Durée
- 77 minutes
- Distribution
- am Limit GmbH
- Âge recommandé
- 16
Filmography
- 2024
- Bilder im Kopf
Prix
- 2025
- Solothurner Filmtage: Prix «Visioni»
Citation
La réalisatrice suisse Eleonora Camizzi présente un premier long-métrage tendre, interrogateur et personnel sur la famille et la schizophrénie.
Savina PetkovaCineuropa, 20.11.2024
Commentaires
En travaillant avec une petite équipe, Eleonora Camizzi a veillé à ce que l’intimité du film ne déborde pas sur son décor très minimaliste. Les murs blancs […], la fenêtre avec vue sur la mer, et les vêtements clairs et discrets qu’elle et son père portent dépouillent leur tête-à-tête de tout signe extérieur ; cela invite le·la spectateur·trice à les rencontrer, sans préjugés. Mais la vraie question est celle-ci : est-ce que nos deux protagonistes en sont capables ? Trois caméras facilitent leurs échanges verbaux, alors que les conversations commencent sans préambule et se terminent abruptement lorsque cela devient trop pesant. Vincenzo est lucide, et Eleonora remarquablement calme, si bien que les rares moments où un traumatisme enfoui perce à travers leurs conversations apparemment amicales sur le passé, son diagnostic et son traitement résonnent comme un mouvement tectonique.
« Avais-tu peur de moi ? », demande Vincenzo, et Eleonora le regarde en silence. Dans le plan suivant, on la voit marcher dans la pièce sans rien dire : l’absence de réponse demeure lourdement suspendue. Bilder im Kopf est un exemple rare de film infiniment personnel, qui tire un immense bénéfice d’une approche expérimentale car il place l’honnêteté au plus haut niveau. S’il y avait au départ l’intention de créer les conditions pour que certaines conversations familiales puissent enfin avoir lieu, l’œuvre achevée impressionne finalement par sa tendresse. […] Le film propose aussi un regard doux et curieux sur la santé mentale, plutôt que sur la maladie.
Savina PetkovaCineuropa, 20.11.2024 [trad. lg]
Commentaires
Bilder im Kopf est le premier film de la réalisatrice et protagoniste Eleonora Camizzi, et d’emblée une œuvre aussi personnelle que bouleversante. Le film est parsemé de moments touchants, poignants, voire effrayants. Par exemple, lorsque le père s’autorise en théorie à pleurer, mais refuse en même temps de se laisser aller à des crises où il craint de perdre le contrôle ; car c’est son travail, dit-il, de maîtriser cet homme.
La description des cinq dictateurs à table, ou plutôt dans sa tête, est également impressionnante ; une métaphore du chaos intérieur, de ses voix et de ses conflits. Vincenzo est très ouvert et, pourtant, tant de choses restent non dites dans ce décor volontairement minimaliste.
Cette pièce blanche, rappelant délibérément un environnement clinique, est plus angoissante que de nombreux films d’horreur. Les dialogues sont souvent sans compromis, rarement tendres. Le sujet traité est rude, sans concession. Si, dans d’autres films, on pourrait penser que les chansons servent à allonger la durée, il en va tout autrement ici. Elles sont nécessaires pour équilibrer une ambiance explosive et pour atténuer une intensité parfois presque insoutenable. Les rires occasionnels des deux protagonistes y contribuent également. Car l’émotion ne manque jamais dans Bilder im Kopf.
Christoph ReiserOutnow.ch, 15.08.2025